10 novembre 2025
Ça ne vous a pas échappé : il y a des matins qu’on aime plus que d’autres, et certains, a contrario, qui font mal, voire très mal. Je ne parle pas seulement de cette envie qu’on a tous connue de rester un peu plus longtemps sous la couette, mais plutôt d'événements ou de souvenirs qui font que certains matins sont parfois plus difficiles à vivre ou, en tout cas, se distinguent particulièrement. Celui du 10 novembre en fait partie. La date n’a pas de signification particulière chez nous en France mais en Allemagne, elle veut dire beaucoup. Et comme je reviens précisément de chez nos amis d’Outre-Rhin, il m’a semblé particulièrement approprié de leur consacrer cet édito.

10 novembre 1848 : le réveil est douloureux pour les révolutionnaires dont les rêves de construction d’un futur État national allemand unifié se sont évanouis. La veille, l’un de leurs leaders, Robert Blum, a été exécuté par l’armée autrichienne. « Je meurs pour la liberté » sont les dernières paroles de celui qui porta la Révolution de mars 1848.

70 ans plus tard, le 10 novembre 1918, si le réveil n’est pas joyeux pour l’Allemagne, qui a perdu la guerre, il est en tout cas marqué du sceau du renouveau, celui de la démocratie. La veille, c'était la fin de l’Empire et la proclamation de la « République allemande » à Berlin depuis le balcon du Reichstag.

5 ans plus tard, au matin du 10 novembre 1923, un certain Adolf Hitler n’en mène pas large. La veille, la tentative de putsch qu’il a fomenté avec le général Ludendorff et leurs acolytes d’extrême droite a échoué à Munich. Blessé à l’épaule, le dirigeant du Parti national-socialiste des travailleurs allemands (NSDAP) s'est enfui pour se réfugier dans la maison de campagne d’un ami. Il sera arrêté le 11 novembre et condamné à plusieurs mois de prison qu’il utilisera pour rédiger Mein Kampf. Moins de dix ans plus tard, le nazisme plongera l’Allemagne dans la tragédie.

Et c’est ainsi qu’on arrive à la terrible matinée du 10 novembre 1938. Partout en Allemagne et en Autriche, des bris de verre jonchent les trottoirs, à l’issue d’une "Nuit de cristal" dont le nom presque poétique traduit bien mal l’immense violence qu’elle a engendrée. Dans la nuit du 9 au 10 novembre en effet, les nazis se livrent de manière simultanée et partout sur le territoire du Reich à un gigantesque pogrom. La vie de dizaines de milliers de juifs bascule. C’est le début d’une guerre civile dans le pays, d’une guerre raciste. Des milliers d’appartements et de commerces saccagés et pillés, 1400 synagogue réduites en cendres, des milliers de personnes lynchées, assassinées ou déportées : ce funeste matin du 10 novembre, on assiste tout simplement aux prémices de la Shoah.

Mais il y a un autre 10 novembre en Allemagne, celui-ci rempli d’espoir. Après l’ombre de 1938, la lumière de 1989. Le 9 novembre, il est un peu moins de 19 heures, à Berlin-Est, lorsque Günter Schabowski, l’un des dirigeants de la RDA, annonce dans une conférence de presse que les voyages privés à l'étranger sont désormais autorisés sans condition pour les ressortissants de l’Allemagne de l’Est. C’est la chute du mur de Berlin, et la fin de la Guerre froide qui ouvre la voie à la réunification de l’Allemagne et de l’Europe. Le 10 novembre, les postes-frontières qui coupaient Berlin en deux depuis 28 ans ne sont plus, on attaque le mur à la masse et les Berlinois de l’Est, en liesse, passent à l’Ouest. Ce matin de novembre 1989, pour l’Allemagne, tout a changé !
Mais revenons maintenant en 2025. Je ne sais pas dans quelles circonstances vous vous êtes levés aujourd’hui et à quoi ressemble pour vous ce matin du 10 novembre. Peut-être est-ce un lundi matin banal, inaugurant une semaine classique, sans rien de spécial ? Peut-être, au contraire, est-ce un matin qui se distingue dans votre calendrier, parce qu’il ravive des souvenirs douloureux ou qu’il est marqué par une échéance ou un sentiment particulier : la joie de retrouvailles, la peur et l’appréhension de commencer ou de reprendre le travail… Matin de défaite ou de lendemain de fête, matin chagrin ou incertain… comme dirait Jean-Jacques Goldman, "Encore un matin"... et pourvu que ce ne soit pas “un matin pour rien" ! Quand on regarde notre monde, on a pourtant de quoi baisser les bras : l’antisémitisme et le racisme n’ont pas disparu depuis 1938 ; nos régimes politiques et nos Républiques sont attaqués de toute part, se révèlant plus que jamais fragiles et instables ; l’extrémisme, la haine et l’hostilité semblent prévaloir… tant de murs encore nous séparent !
Mais avec Dieu, ce matin du 10 novembre 2025 sera différent, c’est certain. Allemand ou français, de l’est, de l’ouest, du nord ou du sud, quels que soient notre nationalité ou notre arrière-plan, quelles que soient aussi les circonstances de nos existences et les chocs que la vie peut nous avoir occasionnés, avec la foi, c’est sûr, tout peut changer !
“Dès le matin, fais-moi entendre ta bonté,
car je me confie en toi !
Fais-moi connaître le chemin où je dois marcher,
car je me tourne vers toi !”
Cette prière du Psaume 143, elle peut être la vôtre ce matin, sachant que vous pourrez, encore aujourd’hui, vous appuyer sur cette promesse de la Bible : "Les bontés de l'Éternel ne sont pas épuisées, ses compassions ne prennent pas fin. Elles se renouvellent chaque matin. Ô Dieu, que ta fidélité est grande !" (Lamentations 3.22-23)
Très bon lundi matin à tous sur ESSENTIEL radio !